09. LES EMBARCATIONS DU DEBARQUEMENT (01)

Publié le par Hubert DENYS

09. LES EMBARCATIONS DU DEBARQUEMENT (01)

LES EMBARCATIONS DU DEBARQUEMENT

Pour effectuer leurs débarquements de troupes et de matériels sur les côtes, les Alliés ont eu besoin de navires adaptés à cet effet. Certains ont été désignés sous le terme générique de péniche parce qu'on ignorait leur nom véritable ou on ne faisait pas la distinction entre chaque type de bateau. Contrairement à ce que l'on peut penser, ce sont les britanniques qui ont conçu et construit le plus d'engins de débarquement. (Voir le tableau récapitulatif en fin de chapitre). Etant donné le nombre et la diversité de ces embarcations, plusieurs chapitres leur seront consacrés.

Précision:

Le mile, la mesure de longueur exprimée dans ces lignes est le mile terrestre valant 1609,3 m et non pas le mile marin (1852 m)

Sources:

Toutes les données et caractéristiques techniques fournies dans ce document, ainsi que ceux qui suivront, proviennent de:

The Division of Naval Intelligence US. Navy Department. OP-16-P-2.A10-/1. ONI 226/Serial n°0547116 du 14 juillet 1960.

Tous droits réservés.

 

Conception et création:

Tout d'abord, il faut savoir que pratiquement toutes les embarcations américaines ont été conçues et créées par Andrew Jackson Higgins qui possédait une usine dénommée "Higgins Industries Incorporating" à La Nouvelle-Orléans. Il a déposé pas moins de 30 brevets et licences d'embarcations de débarquement avant et durant la WWII.

Andrew Higgins et son entreprise (Archives Higgins)Andrew Higgins et son entreprise (Archives Higgins)

Andrew Higgins et son entreprise (Archives Higgins)

Le premier bateau qu'il a conçu en 1926 est l'Euréka. Il était destiné aux foreurs de pétrole et aux trappeurs du Mississippi qui avaient besoin d'embarcations à faible tirant d'eau. Son arbre d'hélice passait dans un logement en semi-tunnel façonné dans sa coque, ce qui lui permettait de naviguer dans des eaux peu profondes où les obstacles submergés, tels que troncs d'arbres, épaves ou rochers, rendaient impossible l'utilisation d'hélices conventionnelles. La forme relevée en spatule de sa coque lui permettait d'aborder les berges plus aisément mais aussi de repartir facilement en marche arrière.

Plans originaux de l'Euréka (Archives Higgins)

Plans originaux de l'Euréka (Archives Higgins)

Pendant ce temps, l'US Marine's Corps recherchait des bateaux susceptibles d'effectuer des opérations amphibies pour déposer des hommes et du matériel sur les plages. Elle déposa en ce sens une demande au Bureau of Construction and Repair (Bureau de la construction et des réparations) qui lui répondit qu'il ne pouvait rien faire en la matière.

En 1938, lors de démonstrations publiques du bateau Euréka par Higgins, l'US Marine's Corps y envoya un émissaire afin de se rendre compte des possibilités de ce bateau. Celui-ci revint enchanté de ce qu'il avait vu et fit un rapport qui emballa les autorités ce qui fait qu'en 1939, l'US Marine's Corps demanda à Andrew Higgins si son bateau serait en mesure de répondre à certaines exigences de l'Armée. Higgins prit connaissance du cahier des charges et fit une démonstration sans aucune transformation du bateau original à l'US Marine's Corps.

L'Armée fit donc l'acquisition de quelques exemplaires, qui participèrent à des exercices de débarquement, et fut satisfaite par les performances de l'engin. Le seul point faible du bateau était que l'équipement et les hommes transportés devaient débarquer par les côtés, ce qui les exposait inutilement au feu de l'ennemi.

Plans de l'exemplaire proposé à l'US Marine's Corps (Archives Higgins)

Plans de l'exemplaire proposé à l'US Marine's Corps (Archives Higgins)

L'US Marine's Corps fit part de ces observations à Higgins et lui montra des photos de péniches de débarquement japonaises prises à Shanghai en 1937 lors de la guerre sino-japonaise. Sur ces clichés, il apparaissait nettement que les soldats japonais débarquaient par l'avant de la péniche dont le panneau de proue s'abaissait pour former une rampe par laquelle les soldats prenaient pied à terre.

Par téléphone, Higgins fit part de la conception japonaise à son ingénieur en chef et lui demanda de trouver un moyen pour transformer l'Euréka. L'ingénieur en chef lui déclara qu'il avait déjà pensé à cette éventuelle transformation mais qu'il n'avait pas eu l'occasion de lui en faire part et qu'à son retour en Nouvelle-Orléans, il trouverait la maquette du projet.

Il ne fallut pas plus d'un mois pour qu'un bateau fût transformé. Ces principales modifications consistaient à supprimer la proue en pointe de l'Euréka et à remplacer celle-ci par un grand panneau frontal, formant une rampe qui pouvait se relever ou s'abaisser rapidement grâce à des treuils, facilitant ainsi l'accès à la plage par les troupes. De ce fait, les affûts de mitrailleuses, situés à l'avant, ont été déplacés vers l'arrière du bateau.

Croquis du prototype du LCVP proposé à l'Armée. (Archives Higgins)

Croquis du prototype du LCVP proposé à l'Armée. (Archives Higgins)

Des tests furent effectués sur le lac Pontchartrain. Ceux-ci s'avérèrent concluants sous tous rapports. Higgins modifiât plusieurs bateaux Euréka et les soumit aux militaires. Ceux-ci furent conquis par ces bateaux et demandèrent à Higgins d'étudier et de lui soumettre l'élaboration de bâtiments plus grands.

1) Le LCVP: Landing Craft Vehicule and Personnel:

Ce vaisseau était aussi appelé Higgins Boat. Il était similaire aux Landing Craft Assault britannique (LCA), conçus et réalisés à partir de 1939 et qui étaient alors utilisés par les armées du Commonwelth.

Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n'est pas construit en métal mais en contreplaqué d'acajou marine de forte épaisseur (19mm). C'est la peinture grise dont il est revêtu qui lui donne l'apparence qu'il est construit en métal. Seule la rampe mobile est en acier. Elle est remontée au moyen deux treuils (un de chaque côté) qui tirent un câble en acier. L'étanchéité est assurée par des joints de caoutchouc, la pression de l'eau fait le reste.

Treuil du LCVP servant à remonter la rampe mobile (NA/USA)

Treuil du LCVP servant à remonter la rampe mobile (NA/USA)

Sa coque est conçue en spatule comme celle de l'Euréka, elle n'est pas plate mais forme un "V", de sorte que l'embarcation peut se déplacer plus rapidement mais surtout elle lui permet de repartir en marche arrière même avec une profondeur d'eau de seulement 50cm. Des plaques de blindage latérales, protégeant les hommes des tirs directs des mitrailleuses, ont été ajoutées ultérieurement. Le LCVP a une autre particularité: un second gouvernail plus petit, couplé avec le gouvernail principal, qui est situé au-dessus et en arrière de l'hélice lui permettant de mieux manoeuvrer avec une faible profondeur d'eau.

Représentation de la forme caractéristique de la coque du LCVP. (Réseau Canopé)

Représentation de la forme caractéristique de la coque du LCVP. (Réseau Canopé)

L'arbre de l'hélice passe dans un passage en semi-tunnel (Réseau Canopé)

L'arbre de l'hélice passe dans un passage en semi-tunnel (Réseau Canopé)

Les plans du LCVP (Archives Higgins)Les plans du LCVP (Archives Higgins)
Les plans du LCVP (Archives Higgins)

Les plans du LCVP (Archives Higgins)

L'hélice et les gouvernails du LCVP. Le petit gouvernail est indiqué par la flèche (NA/USA)L'hélice et les gouvernails du LCVP. Le petit gouvernail est indiqué par la flèche (NA/USA)

L'hélice et les gouvernails du LCVP. Le petit gouvernail est indiqué par la flèche (NA/USA)

La rampe mobile du LCVP et GI's servant à bord d'un LCVP. On peut  remarquer que le pilote est très exposé (NA/USA)
La rampe mobile du LCVP et GI's servant à bord d'un LCVP. On peut  remarquer que le pilote est très exposé (NA/USA)

La rampe mobile du LCVP et GI's servant à bord d'un LCVP. On peut remarquer que le pilote est très exposé (NA/USA)

Les caractéristiques techniques du LCVP:

Longueur totale: 36'3" (11,049m)

Longueur utile: 17'3" (5,257m)

Largeur totale: 10' 10" (3,30m)

Largeur utile (au point le plus large): 7'10" (2,387m)

Largeur utile (au point le plus étroit): 7'3" (2,209m)

Hauteur de la rampe: 7' (2,13m)

Poids à vide: 18739,10 lbs (8,5t)

Poids total en charge: 27337,04 lbs (12,4t)

Tirant d'eau avant: 2'3"9/16 (0,70m)

Tirant d'eau arrière: 3'1"13/16 (0,96m)

Vitesse en charge: 9 knots/h (nœud) (16,668 km/h)

Vitesse à lège: 15 knots/h (27,780 km/h)

Puissance:

Avec moteur diesel Gray: 225cv

Avec moteur essence Hall-Scott: 250cv

Equipage: 3 hommes (1 pilote, 2 mitrailleurs)

Capacité: 36 hommes avec leur équipement ou un véhicule de 5952,42 lb (2,7t) max plus 12 hommes.

Armement:

Soit 2 mitrailleuses Browning 1919A4 de calibre 30 (7,62mm)

Soit 2 mitrailleuses Browning M2 de calibre 50 (12,7mm)

Matériaux de construction:

Bordé (Côté): contreplaqué marine multiplis100% acajou. Epaisseur 3/4" (19mm)

Coque extérieure: de type bordé classique en acajou massif calfaté. Epaisseur 3/4" (19mm)

Coque intérieure: contreplaqué acajou. Epaisseur 1/4" (64mm)

Une toile goudronnée est prise en sandwich entre les coques intérieures et extérieures pour renforcer l'étanchéité.

Rampe d'accès relevable: Acier

Autonomie: 102 miles (164,153 km)

Affûts de mitrailleuses Browning sur un LCVP et le berceau d'une de ces armes (NA/USA)Affûts de mitrailleuses Browning sur un LCVP et le berceau d'une de ces armes (NA/USA)

Affûts de mitrailleuses Browning sur un LCVP et le berceau d'une de ces armes (NA/USA)

LCVP, le 6 juin 1944 à Omaha Beach (NA/USA)
LCVP, le 6 juin 1944 à Omaha Beach (NA/USA)

LCVP, le 6 juin 1944 à Omaha Beach (NA/USA)

Que sont devenus les LCVP:

Malgré les 23358 exemplaires construits durant la WWII, il n'existe que peu d'exemplaires de LCVP en état de naviguer dans le monde à l'heure actuelle. Le fait qu'ils étaient construits en bois n'a pas facilité leur conservation et beaucoup d'entre eux ont fini en cale sèche ou sont en train de pourrir un peu partout.

Epaves de LCVP en cale sèche. NA/USA)
Epaves de LCVP en cale sèche. NA/USA)

Epaves de LCVP en cale sèche. NA/USA)

Vestiges d'un LCVP (Col. Privée)

Vestiges d'un LCVP (Col. Privée)

Il ne subsiste à l'heure actuelle que 3 exemplaires de ce bateau en état de naviguer au monde dont un est en France. Il s'agit du LCVP P30-4. Il appartient à l'association Challenge LCVP basée à Carentan qui l'a acquis et entièrement rénové.

Le LCVP P30-4 en démonstrations (Association Challenge LCVP)
Le LCVP P30-4 en démonstrations (Association Challenge LCVP)

Le LCVP P30-4 en démonstrations (Association Challenge LCVP)

Les derniers exemplaires encore en service appartenaient à la Marine Nationale Française à Nouméa. Il s'agit des bateaux immatriculés L9011.1, L9032.1 et le L9033.4. Ce dernier a été vendu aux enchères au South Pacifique WWII Museum américain. Ces LCVP ont été désaffectés et retirés du service actif le 12 décembre 2014.

A la fin de la guerre, le général Dwight Eisenhower a déclaré dans une allocution: "Andrew Higgins est l'homme qui a gagné la guerre pour nous car s'il n'avait pas conçu et construit ces LCVP, nous n'aurions jamais pu débarquer sur une plage ouverte et l'ensemble de la stratégie de la guerre aurait surement été différente."

Les derniers LCVP sont retirés du service actif à Nouméa (Marine Nationale Française)
Les derniers LCVP sont retirés du service actif à Nouméa (Marine Nationale Française)

Les derniers LCVP sont retirés du service actif à Nouméa (Marine Nationale Française)

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