18- LA MACHINE A PROVOQUER LE MAL DE MER

Publié le par Hubert DENYS

18- LA MACHINE A PROVOQUER LE MAL DE MER

La machine à provoquer le mal de mer:

Au début de l'année 1944, lors des préparatifs pour le débarquement, l'Etat-major américain s'est posé la question de savoir comment les hommes supporteraient la traversée de la Manche, s'il y aurait beaucoup de sujets au mal de mer et si celui-ci aurait une grosse influence sur la suite des combats. A la demande du général Eisenhower, on demanda à des médecins s'il était possible de provoquer artificiellement ce malaise. Autrement dit :" Est-ce possible de créer un appareil simulant le mal de mer?". L'équipe chargée de cette étude regroupa les diagnostics et les symptômes du mal.

Diagnostics et symptômes du mal de mer:

Le mal de mer est une forme de mal des transports, appelé cinétose, généralement provoqué par les mouvements de l'embarcation et le décalage entre la perception des informations visuelles perçues par le cerveau et les informations fournies par les capteurs de l'oreille interne à l'origine de l'équilibre du corps et reliés aux centres nerveux dans le tronc cérébral.

Les principaux symptômes sont :

Sensations de froid ou de chaud, frissons, pâleur, bâillements, somnolence, apathie, bourdonnement d'oreilles, production excessive de salive, nausées, vomissements. On a constaté des évanouissements dans des cas sévères. Ces facteurs sont aggravés par le froid, la faim, la peur, la fatigue

On procéda à des tests sur des hommes pris au hasard dans un centre d'entrainement de l'armée afin de provoquer les mêmes symptômes que le mal de mer:

L’exercice de la chaise:

Pour pratiquer ce test on utilise une chaise tournante qui est munie d'accoudoirs et de repose-pieds afin que le sujet puisse se maintenir fermement tout en subissant les mouvements imprimés à la chaise. Le sujet doit garder les yeux ouverts. On fait tourner la chaise rapidement vers la gauche puis vers la droite et on la stoppe face à une cible que le sujet doit fixer une fois à l'arrêt.

Le même test est réalisé avec les yeux fermés: Cette fois, le sujet ne fixe plus la cible, mais garde les yeux fermés tout le long de l’exercice.

Autre test avec la chaise : Le sujet garde les yeux ouverts et doit tenir une petite baguette dont la pointe est colorée. Le but est de fixer la pointe colorée de la baguette avec les yeux tout en remuant lentement la tête de bas en haut (le geste "oui" de la tête) pendant que la chaise tourne.

L’exercice de la cabine:

Pour ce test, on utilise une cabine semblable à une cabine de radiologie ou de photomaton dépourvue de siège dans laquelle on se tient debout. La vision du sujet est entièrement obstruée par les parois de la cabine. Le sujet doit rester immobile pendant toute la durée du test. La cabine est d'abord fixe pendant quelques temps, puis on imprime des mouvements au sol, puis aux parois. Le résultat de ces tests fut mitigé, seuls 20% des hommes furent affectés de troubles plus ou moins prononcés allant de la simple nausée jusqu'aux vomissements. On essaya de balancer, en tous sens et plus ou moins violemment, des cobayes semi-allongés sur une sorte de chaise longue dont le dossier était plus ou moins incliné, qui serait suspendue par 4 câbles

Tests de la chaise en vue de provoquer le mal de mer (NA/USA)

Tests de la chaise en vue de provoquer le mal de mer (NA/USA)

On les fit asseoir sur le siège d'une balançoire, on fit tourner le siège sur lui-même de façon à ce que les cordes s'enroulent l'une sur l'autre et on procéda au balancement.

Le résultat fut tout aussi mitigé et décevant au point que l'équipe de médecins se demanda s'il n'était pas plus difficile de provoquer les symptômes du mal lui-même que de le soigner.

Un médecin fit construire une sorte de brouette à trois roues. Ces roues avaient la particularité d'avoir leur moyeu décentré ce qui provoquait des mouvements ondulatoires très prononcés reproduisant assez fidèlement le roulis et le tangage d'un bateau. Sur la brouette, l'accès à une plage avec un blockhaus et des obstacles miniaturisés était vaguement simulé et où était fixé un panneau interchangeable sur lequel était collée une photo ou une affiche représentant le secteur où l'homme était censé débarquer.

L'homme recevait une paire de lunettes, sans verres, du type soudeur, munies d'œillères qui l'obligeaient à concentrer son regard sur un point en rétrécissant le champ de vision. Le cobaye ne devait pas monter sur l'engin mais seulement le pousser devant lui, en marchant normalement, sur une distance de 500 m, sans s'arrêter, le regard constamment fixé sur le blockhaus.

D'après le concepteur de l'engin, cela devait donner l'illusion de ce que percevrait un homme dans une péniche de débarquement sur une mer légèrement houleuse.

Le premier à tester l'engin fut le général Walter Bedell-Smith, qui était chef d'Etat-major d'Eisenhower et qui était chargé de lui rendre compte des avancées de l'expérience. Celle-ci a été si concluante qu'une série de photo où l'on voit le général, allongé sur un brancard, et vomissant sur son uniforme sont encore conservées au Pentagone et inaccessibles au public suite aux demandes de la famille du général.

La maquette du prototype de la machine:

Cette maquette est unique. Elle devait être reproduite à 200 exemplaires afin d'entrainer les troupes d'assaut devant débarquer lors des premières vagues d'assaut mais devant l'efficacité des résultats obtenus, elle est restée à l'état de prototype. La météo rencontrée par les hommes qui ont débarqués sur les plages le 06 juin s'est chargée de la remplacer avec un maximum d'efficacité.

La machine à simuler le mal de mer. La mention "Bigot" signifie "Ultra-secret" (IWM)
La machine à simuler le mal de mer. La mention "Bigot" signifie "Ultra-secret" (IWM)

La machine à simuler le mal de mer. La mention "Bigot" signifie "Ultra-secret" (IWM)

Sur la photo représentée ci-dessus, c'est le secteur Mike-Red de la plage de Juno qui figure. La raison en est que, le 04 juin 1944, des officiers du Royal Winnipeg Rifles de la 3rd Canadian Infantry Division demandèrent à tester l'engin car ils devaient débarquer le 06 juin à 7h49 sur ce secteur. Eisenhower autorisa l'essai.

Le résultat fut qu'aucun des officiers qui firent les tests ne fut capable de participer au débarquement et ils restèrent 4 jours, très penauds, à l'infirmerie en Angleterre.

A l'entrée de l'Imperial War Museum, une plaque de bronze précise que la machine est un don du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force) au musée.

Suites données à ces tests après la guerre:

Depuis quelques années, une technique de rééducation des problèmes d’équilibre et de confits d’oreille interne a été développée à l’hôpital d’instruction des armées françaises de Brest.

Cette technique a été mise au point pour les militaires professionnels mais elle est aujourd’hui ouverte aux civils. Suite à cette diffusion grand public, des kinésithérapeutes, qui travaillaient déjà sur la rééducation de l’équilibre, ont ajouté la rééducation contre le mal des transports à leurs traitements. Cette rééducation s’appelle la rééducation vestibulaire. Les résultats de cette rééducation tournent autour de 75% de réussite. Les séances sont remboursées par la sécurité sociale si elles sont prescrites sur ordonnance.

Olivier Trentesaux et Philippe Danckaeart, sont dirigeants de l’entreprise française "Wear is my Boat". Ils ont conçu des vêtements pour lutter contre le mal de mer. Ces vêtements régulent la chaleur corporelle, leur effet gainant renforce la tonicité musculaire et posturale et sont efficaces à 80% sur le mal de mer

Avertissements concernant les droits d'auteurs:

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