07- L'EAU SUR LE TERRAIN

Publié le par Hubert DENYS

07- L'EAU SUR LE TERRAIN

1°) L'EAU POTABLE:

Le premier souci des hommes du Génie chargés de l'édification des camps de toile est de chercher la présence d'eau potable. Ce point est indispensable car on estime les besoins minimums en eau à 4 litres par jour et par homme. Pour les deux premiers jours du débarquement, la solution la plus simple a été d'amener l'eau directement d'Angleterre dans des citernes de 250 gallons et des jerricans. Cela a répondu aux exigences des premiers jours mais il a vite fallu se tourner vers d'autres solutions car l'eau transportée en citerne avait une durée de consommation très restreinte de deux à trois jours, sinon elle croupissait. Les hommes avaient bien des pastilles pour purifier l'eau (Halazone) mais celles-ci n'était prévues qu'en cas de nécessité absolue et ne pouvaient pas être utilisées durablement afin d'éviter des problèmes gastriques. Par ailleurs, les Américains se méfiaient beaucoup des puits, des cours d'eau ou autres sources naturelles car ils suspectaient la possibilité que ceux-ci n'aient été empoisonnés ou contaminés par les Allemands qui détruisaient les égouts des villes pour éviter que des hommes de la Résistance ne s'y cachent. Sitôt qu'ils ont pris pied durablement sur le sol normand, les hommes du Génie ont commencé à installer du matériel et des stations de traitement de l'eau afin de parer au plus pressé allant jusqu'à construire spécialement ces stations si c'était nécessaire

Station d'épuration provisoire réalisée au moyen de bâches à l'aérodrome 22 de Colleville sur mer (NA/USA)

Station d'épuration provisoire réalisée au moyen de bâches à l'aérodrome 22 de Colleville sur mer (NA/USA)

 Ensuite, la priorité a été de remettre en état les circuits d'eau potable des villes et des villages dont la plupart avaient été endommagés par les bombardements. La population civile manquait elle aussi cruellement d'eau au point que les autorités civiles françaises ont dû mettre en place des citernes ou des cuves à la disposition des habitants et aussi des nombreux réfugiés.

Cuve d'eau mise à la disposition des réfugiés à Caen. (Movietone Fox)

Cuve d'eau mise à la disposition des réfugiés à Caen. (Movietone Fox)

Ces mêmes autorités ont également diffusés, par voie de presse ou d'affiche, des mesures encourageant, entre autre, la population à faire bouillir l'eau des citernes ou des réservoirs afin de la stériliser.

Avis à la population émis par le bulletin n°18 de "La voix des Alliés" pendant l'été 1944 (Archives Nationales)

Avis à la population émis par le bulletin n°18 de "La voix des Alliés" pendant l'été 1944 (Archives Nationales)

La première ville normande à bénéficier des mesures de rétablissement de circuit d'eau courante a été Bayeux qui a retrouvée l'intégralité de son autonomie en plein fonctionnement le 11 juin. Les petits villages et les camps de toiles des Alliés ont continués à être alimentés par des camions citernes. Lorsque le circuit le permettait, ceux-ci s'approvisionnaient directement aux bornes d'incendie des grosses villes et ce, en collaboration avec les pompiers français car ceux-ci étaient les seuls à posséder les buses et les clés s'adaptant aux bornes en place, les buses d'incendie américaines ou britanniques étant de dimensions et de conceptions différentes. Les hommes sur le terrain ont continués à être approvisionnés en eau par des jerricans. En effet, chaque homme au combat ne disposait que de sa gourde individuelle, d'une contenance approximative de 2 l pour se désaltérer. Avec les chaleurs des mois d'été, le stress du combat, cette réserve était vite épuisée, l'environnement et la nature ne leur offrait pas toujours la possibilité de remplir cette gourde.

Remplissage des gourdes à partir d'un jerrican. (NA/USA)

Remplissage des gourdes à partir d'un jerrican. (NA/USA)

Citerne américaine de 250 gallons destinée à l'eau potable (Col.Privée)

Citerne américaine de 250 gallons destinée à l'eau potable (Col.Privée)

Pastilles pour purifier l'eau (NA/USA)

Pastilles pour purifier l'eau (NA/USA)

Le Staff Sergeant Bernard Dargol et le Technician William L. Stanley remplissent les seaux de Marie-Jeanne Brassard avec de l'eau provenant d'une unité de purification de l'US Army (NA/USA)

Le Staff Sergeant Bernard Dargol et le Technician William L. Stanley remplissent les seaux de Marie-Jeanne Brassard avec de l'eau provenant d'une unité de purification de l'US Army (NA/USA)

Des GI's et des civils français partagent l'eau potable d'une fontaine de village. Certains attendent de pouvoir remplir leur jerrican ou leur gourde pendant qu'un autre attend de laver sa gamelle. (NA/USA)

Des GI's et des civils français partagent l'eau potable d'une fontaine de village. Certains attendent de pouvoir remplir leur jerrican ou leur gourde pendant qu'un autre attend de laver sa gamelle. (NA/USA)

Le puits de la Mare St Pierre de la commune d'Hermanville (76). Le panneau placé au-dessus de la margelle rappelle que ce puits a été cité à l'ordre de l'armée anglaise pour avoir fourni 7 millions de litres d'eau potable durant la période du 06 juin au 1er juillet 1944. Voir le détail du panneau . (Col. Privée Philippe Corvé)
Le puits de la Mare St Pierre de la commune d'Hermanville (76). Le panneau placé au-dessus de la margelle rappelle que ce puits a été cité à l'ordre de l'armée anglaise pour avoir fourni 7 millions de litres d'eau potable durant la période du 06 juin au 1er juillet 1944. Voir le détail du panneau . (Col. Privée Philippe Corvé)

Le puits de la Mare St Pierre de la commune d'Hermanville (76). Le panneau placé au-dessus de la margelle rappelle que ce puits a été cité à l'ordre de l'armée anglaise pour avoir fourni 7 millions de litres d'eau potable durant la période du 06 juin au 1er juillet 1944. Voir le détail du panneau . (Col. Privée Philippe Corvé)

2°) LA TOILETTE ET LA LESSIVE:

Le règlement militaire oblige que chaque homme soit toujours correctement rasé et propre. Le port de la barbe et de la moustache sont interdits, excepté pour les hommes ayant un travail administratif dans des bureaux et à l'arrière du front. Chaque homme a reçu une trousse de toilette et une vache à eau en toile avec son équipement de base à cet effet

La trousse de toilette et la vache à eau perçue par chaque soldat.(NA/USA)
La trousse de toilette et la vache à eau perçue par chaque soldat.(NA/USA)

La trousse de toilette et la vache à eau perçue par chaque soldat.(NA/USA)

Chaque trousse de toilette comprend un blaireau, de la mousse à raser, un rasoir mécanique, un paquet de lames de rechanges, une brosse à dent, de la pâte dentifrice, un savon et un porte savon, un peigne, un miroir et des épingles de sureté.

Exemples de crème à raser sans blaireau pouvant être inclus dans la trousse de toilette.(NA/USA)

Exemples de crème à raser sans blaireau pouvant être inclus dans la trousse de toilette.(NA/USA)

Différents types de rasoirs à main pouvant être inclus dans la trousse de toilette. (NA/USA)Différents types de rasoirs à main pouvant être inclus dans la trousse de toilette. (NA/USA)
Différents types de rasoirs à main pouvant être inclus dans la trousse de toilette. (NA/USA)

Différents types de rasoirs à main pouvant être inclus dans la trousse de toilette. (NA/USA)

Dentifrices en pâte ou en poudre et brosse à dents perçus par les soldats.(NA/USA)
Dentifrices en pâte ou en poudre et brosse à dents perçus par les soldats.(NA/USA)
Dentifrices en pâte ou en poudre et brosse à dents perçus par les soldats.(NA/USA)
Dentifrices en pâte ou en poudre et brosse à dents perçus par les soldats.(NA/USA)

Dentifrices en pâte ou en poudre et brosse à dents perçus par les soldats.(NA/USA)

Savonnettes des soldats.(NA/USA)
Savonnettes des soldats.(NA/USA)

Savonnettes des soldats.(NA/USA)

Mais entre ce que le règlement prévoit et la réalité de ce qui se passe sur le terrain, il y a une marge. Se laver n'est pas toujours facile à réaliser car le manque d'eau, de temps, les vicissitudes du combat font que des hommes doivent rester parfois une dizaine de jours sans pouvoir le faire ou changer de vêtements. Dès qu'ils trouvent un point d'eau (fontaine publique, robinet, rivière) les hommes en profitent pour se laver grossièrement et se raser.

Hommes se lavant à une fontaine publique et se rasant dans la neige des Ardennes.(NA/USA)
Hommes se lavant à une fontaine publique et se rasant dans la neige des Ardennes.(NA/USA)

Hommes se lavant à une fontaine publique et se rasant dans la neige des Ardennes.(NA/USA)

Un tankiste américain procède à sa toilette (NA/USA)

Un tankiste américain procède à sa toilette (NA/USA)

De temps à autres, des camions-douches, spécialement équipés, leur permettent de prendre une douche chaude mais le plus souvent, les GI's improvisent et font avec les moyens rencontrés. Quand on connait le caractère très pudique des américains, on se doute que c'est la nécessité qui a fait force de loi.

Les hommes prennent une douche chaude dans un camion prévu à cet effet.(NA/USA)

Les hommes prennent une douche chaude dans un camion prévu à cet effet.(NA/USA)

Inscription pour la douche de campagne (NA/USA)
Inscription pour la douche de campagne (NA/USA)

Inscription pour la douche de campagne (NA/USA)

Avec un véhicule anti-incendie de l'aérodrome de La Cambe. Dans la baignoire d'une maison en ruines.(NA/USA)
Avec un véhicule anti-incendie de l'aérodrome de La Cambe. Dans la baignoire d'une maison en ruines.(NA/USA)

Avec un véhicule anti-incendie de l'aérodrome de La Cambe. Dans la baignoire d'une maison en ruines.(NA/USA)

Dans un abreuvoir de cour de ferme (NA/USA)

Dans un abreuvoir de cour de ferme (NA/USA)

Dans un ½ fût d'huile. (NA/USA)

Dans un ½ fût d'huile. (NA/USA)

Savons utilisés par les GI's. Celui de gauche est à base d'huiles de charbon. Celui de droite a la particularité de pouvoir être utilisé avec n'importe quelle eau, y compris l'eau de mer et de servir aussi bien pour la toilette que pour la lessive ou l'entretien des gamelles. (NA/USA)Savons utilisés par les GI's. Celui de gauche est à base d'huiles de charbon. Celui de droite a la particularité de pouvoir être utilisé avec n'importe quelle eau, y compris l'eau de mer et de servir aussi bien pour la toilette que pour la lessive ou l'entretien des gamelles. (NA/USA)

Savons utilisés par les GI's. Celui de gauche est à base d'huiles de charbon. Celui de droite a la particularité de pouvoir être utilisé avec n'importe quelle eau, y compris l'eau de mer et de servir aussi bien pour la toilette que pour la lessive ou l'entretien des gamelles. (NA/USA)

3°) Lessive et entretien du linge

Les hommes ne lessivaient que leur linge corporel. Les autres vêtements, tels que les tenues de combats, n'étaient jamais lavés par les hommes. Dès que ceux-ci étaient sales, ils étaient échangés contre des propres. Les raisons sont que, lorsque des hommes lavent leur tenue, celle-ci doit être étendue aux fins de séchage, ce qui implique que, si les hommes doivent partir dans l'urgence, leur tenue est perdue. Dans ce cas, elles sont un risque supplémentaire si elles sont découvertes par l'ennemi qui n'aura qu'à lire les écussons ou les badges pour savoir à quelles unités ils ont à faire. Certaines tenues, comme les tenues HBT (Herring Bone Twill, tissage en arêtes de hareng) des mécaniciens automobiles, tankistes, cuisiniers etc., étaient prévues pour être portées par-dessus d'autres tenues et pour ne durer que 15 jours. Après ce laps de temps, elles étaient détruites par le feu car elles étaient irrécupérables. Ces tenues remplaçaient les tenues bleues De Nîmes utilisées pour les corvées ou le travail intense, en particulier dans la Navy, mais n'étaient pas très résistantes à un usage intensif. Malgré cela, les coûts de production et de destruction de ces tenues étaient inférieurs à celui d'une tenue bleue. Les tenues HBT ont rarement été utilisées en combat en Europe, à part à Utah Beach, mais elles ont été intensivement utilisées sur les fronts du Pacifique. Pour les autres tenues, dans les premières semaines suivant le débarquement, elles étaient ramenées en Angleterre, puis lavées dans des blanchisseries (laundry) industrielles où elles étaient contrôlées et dotées d'un numéro matricule. Lorsque ce numéro était relevé pour un troisième blanchissage, la tenue était réformée et donnée aux prisonniers de guerre avec les lettres POW (Prisonner Of War) inscrites au dos de la veste et du pantalon.

Les soldats utilisent les lavoirs municipaux pour faire leur lessive. (NA/USA)
Les soldats utilisent les lavoirs municipaux pour faire leur lessive. (NA/USA)

Les soldats utilisent les lavoirs municipaux pour faire leur lessive. (NA/USA)

Les soldats font leur lessive. (NA/USA)
Les soldats font leur lessive. (NA/USA)

Les soldats font leur lessive. (NA/USA)

Des GI'S ont bricolé une machine à laver avec des pièces de récupération à La Cambe, le 19 juillet 1944. (NA/

Des GI'S ont bricolé une machine à laver avec des pièces de récupération à La Cambe, le 19 juillet 1944. (NA/

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