02- OPERATION PLUTO

Publié le par Hubert DENYS

02- OPERATION PLUTO

LE CARBURANT

Le 6 juin 1944, 5213 navires de guerre, 736 navires de soutien, 864 cargos et 4126 péniches vont débarquer 20 000 véhicules (jeeps, chars, camions, DUKW etc.) et 156000 hommes sur les 5 plages normandes (sans compter les parachutistes). Quelques 12000 avions sont engagés au transport des parachutistes, à l'évacuation des blessés, à l'approvisionnement en nourriture et munitions, à la protection des troupes au sol et aux diverses missions de bombardements. Tous ces moyens de transport consomment du carburant et l'approvisionnement de celui-ci est un facteur  essentiel et un élément vital pour la réussite de l'opération. Les stratèges, qui ont mis l'opération Overlord sur pied, ont estimés qu'au 15 juillet 1944, la consommation moyenne de carburant nécessaire au bon fonctionnement de la machine de guerre serait de 15 000 tonnes/jour. Une division blindée consomme à elle seule 2 millions de l/jour.

Les problèmes que rencontrent les Etat-major Alliés pour mener à bien l'acheminement du carburant sont:

1°) L'absence de  grand port en état de fonctionnement le 6 juin sur la côte normande.

2°) L'absence de réseau de chemin de fer qui a  été délibérément détruit au 3/4 soit par la résistance lors du plan vert, soit par les bombardements aériens et ce, afin d'éviter aux troupes d'occupation d'amener des renforts vers les plages.

Pour parer au plus pressé, les Alliés font échouer sur les plages, des LCT remplis de jerricans durant les 10 premiers jours qui sont les plus critiques. En parallèle, deux points d'ancrage pour pétroliers seront installés au large de Ste Honorine les Pertes et reliés à la côte  à des réservoirs érigés sur le mont Cauvin, par des tuyaux souples. Ce terminal pétrolier provisoire et sommaire sera installé sur les jetées du port et commencera à fonctionner à partir du 18 juin.

Il avait été prévu, à l'origine, que ces systèmes provisoires devaient être remplacés le plus vite possible par la prise du port de Cherbourg, par la remise en état du terminal pétrolier de la marine nationale française de Querqueville et leur liaison avec un oléoduc dénommé P.L.U.T.O (Pipe Line Under The Ocean) passant sous la Manche. Les importantes destructions allemandes du port de Cherbourg plus conséquentes que prévu, le long déminage et le nettoyage des eaux de ce port, le mauvais temps retardèrent la mise en service de 6 semaines et ne permirent pas aux pétroliers alliés d'accoster avant le 25 juillet 1944. Par chance, le front ne progressant pas ou très peu, le manque de carburant ne se fit pas trop sentir.

MISE EN PLACE DU DISPOSITIF:

Au début du mois de mars 1942, Geoffrey Lloyd du Petroleum Warfare Department demande à Lord Mounbatten s'il peut éventuellement poser sous la Manche des pipelines à la fois flexibles et résistants, pouvant supporter la pression, les courants sous-marins, aptes à acheminer du carburant sous haute pression et ce, sur des centaines de kilomètres à la manière des câbles téléphoniques.

Malgré la complexité des problèmes posés, la réponse ne tarde pas à venir: le 15 avril 1942, Clifford Hartley propose une solution reposant sur l'utilisation de conduites souples pouvant être mises en place en quelques jours.

En 1943, dix compagnies britanniques aidées par des entreprises américaines mettent en place deux nouveaux types de canalisation.

L'installation de ces pipelines va prendre du temps et ceux-ci ne seront  pas opérationnels avant début juillet 44.

Le 10 juin 1944, les Américains vont entreprendre l'édification de plusieurs réservoirs de carburant sur le mont Cauvin, sur la commune d'Etreham, à proximité de Port-en-Bessin.

Ceux-ci seront reliés par des oléoducs à des points d'ancrages pour pétroliers installés au large de Ste Honorine les Pertes. Un terminal pétrolier sommaire sera installé en renfort le long des jetées de Port en Bessin.

Le 16 juin, le système est opérationnel et le premier réservoir sera rempli le 25 juin. Ce procédé sera la principale source d'approvisionnement tant que Cherbourg ne sera pas dégagé afin d'y installer un système plus performant baptisé PLUTO

Les réservoirs seront utilisés jusqu'au 10 octobre 1944, date à laquelle ils seront démontés. Ils permettront de débiter jusqu'à 4 millions de litres/jour, ce qui sera à peine suffisant, compte tenu des délais de transport, pour une armée qui consomme 2 millions de litres/jour

Les réservoirs du Mt Cauvin en cours de construction, et achevés.  (NA/USA)
Les réservoirs du Mt Cauvin en cours de construction, et achevés.  (NA/USA)

Les réservoirs du Mt Cauvin en cours de construction, et achevés. (NA/USA)

Les pipelines à Port en Bessin (NA/USA)

Les pipelines à Port en Bessin (NA/USA)

Oléoduc sur la plage. (NA/USA)

Oléoduc sur la plage. (NA/USA)

Déchargements de carburant à partir de pétrolier. (NA/USA)
Déchargements de carburant à partir de pétrolier. (NA/USA)

Déchargements de carburant à partir de pétrolier. (NA/USA)

OPERATION PLUTO:

L'opération consiste à poser des oléoducs à partir de l'ile de Wight désertée de ses habitants, jusqu'à Querqueville, à l'est de Cherbourg. Les pompes chargées de propulser le carburant sont camouflées dans des  bâtiments civils désaffectés tels que le Grand hôtel, choisis parce que neutre d'apparence, afin de ne pas attirer l'attention des appareils aériens de reconnaissances allemands.

Deux des pompes de l'île de Wight servant à propulser le carburant vers la France. (IWM)
Deux des pompes de l'île de Wight servant à propulser le carburant vers la France. (IWM)

Deux des pompes de l'île de Wight servant à propulser le carburant vers la France. (IWM)

Sections de pipeline montrant les différents enroulements de matériaux qui les composent (NA/USA)
Sections de pipeline montrant les différents enroulements de matériaux qui les composent (NA/USA)Sections de pipeline montrant les différents enroulements de matériaux qui les composent (NA/USA)

Sections de pipeline montrant les différents enroulements de matériaux qui les composent (NA/USA)

Bâtiments désaffectés utilisés pour camoufler les pompes sur l'île de Wight. (NA/USA)
Bâtiments désaffectés utilisés pour camoufler les pompes sur l'île de Wight. (NA/USA)

Bâtiments désaffectés utilisés pour camoufler les pompes sur l'île de Wight. (NA/USA)

Camouflage des pompes sous de fausses dunes réalisées avec des bâches recouvertes de sable. (NA/USA)

Camouflage des pompes sous de fausses dunes réalisées avec des bâches recouvertes de sable. (NA/USA)

LA POSE DES PIPELINES:

Sur le papier, le principe est simple: Il s'agit d'enrouler les 99,42 miles (env. 160 km) de tuyaux nécessaires sur de gros tambours métalliques appelés "Conundrum" (énigme en anglais). Le tambour est ensuite remorqué en mer par un bateau et le tuyau, déroulé à la surface de la mer se pose au fond de celle-ci au fur et à mesure que le navire avance, reprenant ainsi le principe de pose des câbles téléphoniques sous-marins.

LES CONUNDRUMS:

Il s'agit d'immenses tambours métalliques de 30 ft de diamètre (9,15m), pesant chacun 250 tonnes au total avec ses 4000 ft (1220 m) de tuyaux, conçus de façon à ce que l'air  stocké à l'intérieur de la structure assure la flottaison le temps du remorquage et du dévidage du tuyau, palliant ainsi les problèmes relatifs au poids, donc au levage, sans l'intervention de grues puissantes difficiles à manier en mer, surtout par gros temps. Le tambour est ramené vide à son port d'attache et l'opération recommence.

Enroulement du tuyau sur le tambour: Théorie et pratique. Remarquez le moteur, chargé de faire tourner le tambour et d'assurer la bonne tension du tuyau, situé sur le côté  (NA/USA)
Enroulement du tuyau sur le tambour: Théorie et pratique. Remarquez le moteur, chargé de faire tourner le tambour et d'assurer la bonne tension du tuyau, situé sur le côté  (NA/USA)

Enroulement du tuyau sur le tambour: Théorie et pratique. Remarquez le moteur, chargé de faire tourner le tambour et d'assurer la bonne tension du tuyau, situé sur le côté (NA/USA)

Vues montrant différentes phases de l'enroulement du tuyau. Remarquez la taille des tambours par rapport à celle des hommes placés à côté. (NA/USA)
Vues montrant différentes phases de l'enroulement du tuyau. Remarquez la taille des tambours par rapport à celle des hommes placés à côté. (NA/USA)

Vues montrant différentes phases de l'enroulement du tuyau. Remarquez la taille des tambours par rapport à celle des hommes placés à côté. (NA/USA)

Remorquage et dévidage des tambours en mer (NA/USA)
Remorquage et dévidage des tambours en mer (NA/USA)

Remorquage et dévidage des tambours en mer (NA/USA)

Déroulement et guidage du tuyau à bord d'un bateau, et vue arrière du bateau guide échoué à marée basse. (NA/USA)
Déroulement et guidage du tuyau à bord d'un bateau, et vue arrière du bateau guide échoué à marée basse. (NA/USA)

Déroulement et guidage du tuyau à bord d'un bateau, et vue arrière du bateau guide échoué à marée basse. (NA/USA)

Dépôts de canalisations destinées à convoyer le carburant sur terre et ces mêmes canalisations en service le long des routes normandes. (NA/USA)
Dépôts de canalisations destinées à convoyer le carburant sur terre et ces mêmes canalisations en service le long des routes normandes. (NA/USA)

Dépôts de canalisations destinées à convoyer le carburant sur terre et ces mêmes canalisations en service le long des routes normandes. (NA/USA)

Terminal de pipe-line et salle de commande en Angleterre (IWM)
Terminal de pipe-line et salle de commande en Angleterre (IWM)

Terminal de pipe-line et salle de commande en Angleterre (IWM)

Du 12 au 21 août 1944, le réseau est mis en place entre l'île de Wight et la ville de Querqueville, à l'est de Cherbourg, séparées par une distance de 81miles (env.130 km). Il utilisera la compétence de 7700 hommes, aidés ultérieurement par 1500 prisonniers allemands qui seront surveillés par environ 200 hommes de la Military Police. En septembre 1944, l'ensemble s'étendra sur 5507,82 miles (env. 8864 km) avec un rendement journalier de 10 millions de litres de carburant.  Du 12  août 1944 au 8 mai 1945, 781000 m3 auront effectué le trajet sous-marin entre l'Angleterre et la France. Pendant ce temps et conjointement, les travaux de restauration du réseau ferré de France commenceront. Ils ne prendront fin qu'en septembre 1946. A cette date, le système sera démantelé, les tuyaux et les canalisations seront récupérées et vendues. Cette vente sera plus bénéfique que prévue et permettra d'amortir largement les frais de désengagement.

Démantèlement de PLUTO.  (IWM)

Démantèlement de PLUTO. (IWM)

Epave de Conundrum sur une plage anglaise après la guerre. (IWM)

Epave de Conundrum sur une plage anglaise après la guerre. (IWM)

Vestiges de PLUTO encore visibles de nos jours sur l'île de Wight. (Col.privée)
Vestiges de PLUTO encore visibles de nos jours sur l'île de Wight. (Col.privée)Vestiges de PLUTO encore visibles de nos jours sur l'île de Wight. (Col.privée)

Vestiges de PLUTO encore visibles de nos jours sur l'île de Wight. (Col.privée)

Vidéo montrant le dispositif PLUTO

Avertissements concernant les droits d'auteurs:

Art.L.122-4: Toute reproduction, même partielle, part quelque moyen que ce soit, sans l'autorisation écrite de l'auteur est interdite et illégale.

Art. L.716-9.  Le fait de mettre une œuvre à la disposition du public sur Internet nécessite impérativement l'autorisation écrite de son auteur ou de ses ayants droits

 

 

Publié dans Logistique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article