11- Pourquoi le débarquement a réussi? (1ere partie)

Publié le par Hubert DENYS

11- Pourquoi le débarquement a réussi? (1ere partie)

Lorsqu'on s'interroge sur la réussite du débarquement, entre diverses questions, celle-ci revient le plus souvent:

-"Comment se fait-il que les Alliés aient été au courant de tant de points stratégiques sur les positions allemandes et ce, avec tant de précisions?" Ce point est particulièrement mis en évidence par le témoignage des civils normands dans leur livre:"En juin 44, j'avais ton âge". Mr Pierre Darondel y relate sa première rencontre avec les GI's en ces termes:"Ils m'ont posé un tas de questions puis, il y en a un qui a sorti un plan du coin: ils connaissaient tout! Ils savaient mon nom, que j'habitais là. Le plan était très détaillé, il ne manquait pas un pommier dans les champs et il n'y avait pas un chemin qu'ils ne connaissaient pas. Nous on en est resté babas."

Les Américains étudient le terrain des plages grâce à des maquettes. Ici, le WN62 (NA/USA)
Les Américains étudient le terrain des plages grâce à des maquettes. Ici, le WN62 (NA/USA)

Les Américains étudient le terrain des plages grâce à des maquettes. Ici, le WN62 (NA/USA)

Des officiers  Canadiens étudient la topographie de la plage de Courseulles sur des maquettes (IVM)

Des officiers Canadiens étudient la topographie de la plage de Courseulles sur des maquettes (IVM)

Lorsque les Américains ont su qu'ils allaient devoir débarquer un jour en France, ils s'étaient mis en quête d'acquérir le guide Michelin de l'année 1939, qui était réputé pour sa précision et la mise à jour de ses données et qui était un des meilleurs ouvrages cartographiques du moment. Avec ce document, ils étaient sûrs de connaître toutes les voies de communications en France, aussi bien routières que ferroviaires ou fluviales. Ils se procurèrent même les guides Michelin de toute l'Afrique Française du Nord. Ces ouvrages ont été dupliqués à des milliers d'exemplaires à destination de leurs officiers. Ils se distinguaient des éditions originales parce qu'ils portaient la mention: "For officers only", qu'ils étaient de couleur plus rosée et que la couverture était plus souple et imperméabilisée.

Guide Michelin 1939. Différences entre les cartes destinées aux Allemands (en haut) et celles destinées aux Alliés. (Col.privée)
Guide Michelin 1939. Différences entre les cartes destinées aux Allemands (en haut) et celles destinées aux Alliés. (Col.privée)

Guide Michelin 1939. Différences entre les cartes destinées aux Allemands (en haut) et celles destinées aux Alliés. (Col.privée)

Mais ce n'est pas seulement ces quelques détails qui ont occasionnés la réussite de la plus grande opération amphibie de tous les temps. C'est  grâce aux efforts conjugués de ces hommes qui ont tout fait pour que le nazisme recule et pour que la Liberté revienne dans ce monde qui a basculé pendant  de longues années dans l'asservissement et l'horreur. C'est grâce au patriotisme et la foi en leur drapeau que certains hommes qui n'admettaient pas de voir leur pays occupé et bafoué s'insurgent et lèvent les armes. C'est grâce aussi à l'action héroïque de centaines d'hommes et de femmes qui, au mépris de leur vie, et bien souvent de celle de leurs familles, ont contribués à apporter quantités d'informations sur les défenses allemandes auprès des services alliés. Nombre d'entre eux ont payés de leur vie ces combats menés dans l'ombre et ont été fusillés après avoir subit les tortures ignobles de la Gestapo ou connurent les affres de la déportation. Très peu d'entre eux ont survécus.

Parmi ces hommes, il y avait Michel Hollard. Cet homme a créé en 1942, le réseau "Agir". Après avoir quitté son travail, il a fondé une société écran de fournisseur de bois pour gazogènes et s'est baptisé prospecteur en bois de chauffage. Sous ce couvert, il a réussi à prendre contact, après deux échecs, avec les services secrets anglais (MI 5) en Suisse. Pendant deux ans, il a réussi à trouver les positions, à relever les plans des bases de lancements de missiles V1 dans le nord de la France avec une audace inouïe.

11- Pourquoi le débarquement a réussi? (1ere partie)

Un des ses agents, connu sous le pseudonyme de "André", employé au poste d'ingénieur par les Allemands de l'organisation Todt avait même réussi à voler les plans d'une base de V1 en construction dans la poche de la veste de l'ingénieur allemand chargé des travaux pendant que celui-ci était aux toilettes.

Croquis de la base de V1 volé par "André" (Col M.Hollard)

Croquis de la base de V1 volé par "André" (Col M.Hollard)

Légende du croquis ci-dessus:

1°Plate-forme principale d'approvisionnement

7° Blockhaus de mise à feu

2°Plate-forme d'attente

8° Cuve bétonnée (8mx8mx5m) d'eau

3° Bureau du chef de rampe

9° Groupe compresseur

4°Bâtiment non magnétique de radioguidage

10° Hangar en forme de ski

5° Rampe de lancement

11° Section du blockhaus de mise à feu

6° Massif de catapultage

12° Section de fondation de rampe

Un autre agent de Michel Hollard se nomme Joseph Brogard. Ce natif de Pontarlier n'a que 22 ans en novembre 1942 et pourtant, c'est un résistant très actif qui est recherché par toutes les polices allemandes. Son nom de code est Bart. En 2004, Joseph, seul survivant actuel du réseau "Agir" raconte qu'un soir de novembre 1942, il est à Paris et doit rejoindre Michel Hollard dans la chambre n°5 de l'hôtel "Chez Alicot"pour lui remettre les dessins de bases de lancement de fusées V1 qu'il a relevé en pays de Caux. Il se hâte vers le métro quand soudain, derrière lui résonne la phrase gutturale :"Papieren, Bitte!"(Vos papiers s'il vous plaît) Joseph Brogard ne se démonte pas et se retourne brusquement vers les deux policiers allemands et aboie en allemand:"Was?"(Quoi?)Les Felgendarmes sont interloqués et prenant Joseph pour un officier de la Gestapo, le saluent et le laissent partir. Il faut dire que Joseph est vêtu d'un imperméable couleur mastic, qu'il porte un chapeau feutre, de grosses chaussures de cuir et n'a pas l'air commode du tout. D'autant moins commode qu'il serre dans sa poche droite, un petit révolver 6,35mm tchèque, le doigt sur la queue de détente, prêt à faire feu si les choses tournent mal. Son dévouement sera très mal reconnu en France. A la fin de la guerre, gravement handicapé suite à une blessure du dos contractée lors d'une évasion d'une prison de la Gestapo à Maisons-Laffitte. (Il avait dû sauter d'une hauteur de 10 m du toit de cette prison, se brisant 3 vertèbres. Malgré sa souffrance il avait réussi à ramper et à atteindre une maison d'habitation où on l'avait secouru).Il avait postulé pour un "emploi réservé", lequel  lui fut refusé par la D.S.T (Défense de la Sûreté du Territoire) au motif: "Agent ayant travaillé au service de l'étranger"et ce malgré les 7 décorations dont la Légion d'Honneur et la Distinguished Service Cross qu'il a reçues.

Michel Hollard acheminait lui-même les renseignement recueillis à un officier des services de renseignements anglais et ce, après avoir effectué les voyages en zone occupée et traversé la frontière à 98 reprises au prix de nombreuses difficultés et de déboires avec les Allemands. Les informations qu'il a fait parvenir aux Alliés étaient si précises que Churchill à écrit le 25 octobre 1943 au président américain Roosevelt: "Nous disposons dans le nord de le France d'un excellent réseau d'information et c'est à partir des renseignements qu'il nous a fournis, ainsi que des interrogatoires de prisonniers que cette étude a été poussée et que des photographies aériennes ont été réalisées".

 Il sera finalement arrêté sur dénonciation, le 5 février 1944 dans le bar "Aux Chasseurs" situé au 176 rue du faubourg St Denis, près de la gare de Nord à Paris par la Gestapo, torturé et envoyé dans le camp de déportation de Mauthausen d'où il reviendra à la fin de la guerre. Dans le bar susdit, après s'être frayé un passage entre le comptoir et la rangée de table, on arrive au fond de la salle. Là s'ouvre un espace qui aboutit à une porte portant la mention "Lavabos". Sur le mur d'en face se trouve une petite plaque, fixée sur ce mur, et qui porte ces mots:   "Ici ont été arrêtés, le 5 février 1944 par la Gestapo: Le chef de réseau "Agir", Michel Hollard, les chargés de missions Joseph Legendre, Henri Dujarier et Jules Mailly (mort pour la France le 1er juin 1944 à Mauthausen)"

La plaque commémorative apposée au café des Chasseurs (Col. privée)

La plaque commémorative apposée au café des Chasseurs (Col. privée)

Pour plus de précisions sur les actions menées par cet homme courageux, on peut lire l'excellent ouvrage de Georges Martelli "L'homme qui a sauvé Londres "paru aux éditions "J'ai lu" et édité par Flammarion. Il est à noter que le titre de cet ouvrage est extrait de l'allocution de Sa Majesté le roi d'Angleterre Georges V, lors de la remise à Michel Hollard de la plus haute distinction britannique décernée à un étranger, la "Distinguished Service Order" (D.S.O) au palais de Buckingham Palace.

Joseph Brogard en 1945 et âgé de 84 ans, chez lui en 2004. Devant lui sont étalés sur la table ses 6 fausses cartes d'identité, la carte de Normandie où il relevait les bases des V1, son pistolet 6,35mm, ses notes, photos et ses décorations. Il décédera le 3 février 2009 à l'âge de 88 ans  (B. Bachelet)
Joseph Brogard en 1945 et âgé de 84 ans, chez lui en 2004. Devant lui sont étalés sur la table ses 6 fausses cartes d'identité, la carte de Normandie où il relevait les bases des V1, son pistolet 6,35mm, ses notes, photos et ses décorations. Il décédera le 3 février 2009 à l'âge de 88 ans  (B. Bachelet)

Joseph Brogard en 1945 et âgé de 84 ans, chez lui en 2004. Devant lui sont étalés sur la table ses 6 fausses cartes d'identité, la carte de Normandie où il relevait les bases des V1, son pistolet 6,35mm, ses notes, photos et ses décorations. Il décédera le 3 février 2009 à l'âge de 88 ans (B. Bachelet)

Les zones de bases de V1 découvertes par Joseph Brogard, dans le nord de la France. (Col M. Hollard)

Les zones de bases de V1 découvertes par Joseph Brogard, dans le nord de la France. (Col M. Hollard)

Cet homme, malgré son mérite, n'a pas été le seul et, tout comme lui, d'innombrables autres travaillaient dans l'ombre. Quelquefois, c'est le hasard qui a fait qu'ils ont accompli des exploits qu'ils n'auraient jamais imaginé faire.

C'est le cas de cet artisan peintre normand, René Duchez qui, au début de l'année 1942, appartient bien à un réseau de résistance naissant mais jusqu'à présent, son action n'a pas été déterminante. Jusqu'au jour où on fait appel à lui. Ce "on" est le nouveau résident de la "Kommandantur"de la région, le Bauleiter Schnedderrer. Ce nouveau résident lui demande d'établir un devis pour certains travaux de réfection de son bureau ainsi que de la durée de ceux-ci, si son offre était retenue. Il prend rendez-vous afin de visiter les lieux pour pouvoir effectuer les métrages, le calcul des surfaces etc. Ce rendez-vous obtenu, il se rend à la Kommandantur au jour et à l'heure fixée avec son mètre, son carnet, des rouleaux d'échantillons de tapisserie et un nuancier de peinture. Arrivé sur place, des militaires s'enquièrent du motif de sa visite. Il n'est guère rassuré par l'endroit et par les hommes en armes qui s'y trouvent.

Le motif de sa visite ayant été établi, un soldat assis à un bureau passa un coup de téléphone, dit quelques mots en allemand, raccroche l'appareil et lui signifie, dans un français approximatif, qu'il doit s'asseoir et attendre qu'on l'appelle. Il obtempère et patiente. Au bout d'une dizaine de minutes, un planton vient le chercher, le fait pénétrer dans un bureau où un officier est en train d'écrire. Dès son entrée, cet officier se lève, le salue en lui serrant la main et jovialement, lui détaille quels sont les travaux à effectuer. Il s'agit de changer la tapisserie du bureau, de celle l'antichambre séparant ce bureau du couloir et de repeindre les petites toilettes attenantes à ce bureau.

Notre artisan commence par relever les cotes en mesurant les dimensions des murs, des fenêtres etc. Pendant ce temps, l'officier a repris ses occupations sans prêter plus d'attention à lui. Au bout d'un certain temps, le planton fait irruption dans la pièce et dit quelque chose en allemand. Aussitôt l'officier se lève, répond au planton qui sort pour réapparaître accompagné d'un autre officier qui porte des rouleaux de papiers sous le bras. Ce second officier se décharge des rouleaux de papiers en les posant sur le bureau. Les deux hommes se serrent la main et commencent à discuter en regardant les documents en commentant ceux-ci. Aucun des deux hommes ne s'occupe du peintre qui essaye de se faire le plus discret possible. Il ne comprend pas un traître mot de ce que se disent les deux officiers car il ne parle pas l'allemand. Au bout d'une dizaine de minutes, les deux officiers sortent ensemble de la pièce, laissant les documents étalés sur le bureau.

Duchez  ne peut s'empêcher de jeter un œil sur ceux-ci et ce qu'il voit sur celui du dessus lui rappelle la carte de la côte normande. Il se hasarde à regarder les autres. Elles représentent d'autres secteurs de la côte ainsi que l'intérieur des terres. De nombreux signes, chiffres et annotations figurent sur ces cartes et l'artisan devine que ce sont des documents très importants qui sont étalés devant lui car ils sont tous annotés de grosses lettres rouges: "Sehr Geheim" (Très secret) mais il ne peut rien faire car il serait aussitôt suspecté et arrêté, étant le seul présent dans la pièce. Il cherche du regard un endroit dans la pièce où il pourrait cacher le document. Il remarque un miroir incliné accroché au-dessus de la cheminée. Il prend une carte sur le dessus de la pile, la plie et la glisse derrière le miroir. Il entend des pas qui arrivent dans l'antichambre et il feint d'être absorbé par son travail lorsque l'officier réapparait dans le bureau.

 L'officier et lui conviennent d'une date pour commencer les travaux. Les deux hommes se saluent et le peintre quitte les lieux. Lorsqu'il revient sur les lieux quelques jours plus tard pour effectuer les travaux, la carte est toujours à l'endroit où il l'a mise, derrière le miroir. Il la roule soigneusement, la cache au milieu de ses rouleaux de tapisserie et sort du bureau sans encombre.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, aucun des Allemands concerné par l'affaire ne mentionna la disparition de la carte et c'est seulement quelques mois après le vol qu'ils le firent. Le Bauleiter Schnedderrer  fut muté dans un autre secteur et simplement remplacé par le Bauleiter Keller, si bien qu'en 1942 les services de renseignements alliés étaient mieux renseignés sur certaines informations des détails des fortifications du mur de l'Atlantique concernant la Manche que certains de leurs ennemis

La carte que Duchez a subtilisée mesure 3 m de long sur 0,70 m de large. Elle représente, à l'échelle 50/1000, toute la côte normande avec l'emplacement des fortifications du mur de l'Atlantique. Il prend ses dispositions pour acheminer la carte aux services Anglais.  Pas un seul instant il ne fut inquiété mais son épouse, également résistante dans le même réseau,  a été déportée à Mauthausen. Il a été nommé capitaine à la fin de la guerre, décoré par le général Koenig. Il meurt prématurément le 21 avril 1948.

Quand le document parvient en Angleterre, le 21 juin 1942, les services de renseignements n'en crûrent pas leurs yeux au point qu'ils se demandèrent longtemps si ce n'était pas une manœuvre d'intoxication de la part de l'Abwehr, un des services de renseignement allemand dirigé par l'amiral Canaris, et ils gardèrent le document "sous le coude". Celui-ci n'était ni plus ni moins que le plan détaillé de toutes les positions des fortifications, présentes et à venir, des batteries avec le détail du calibre de chaque pièce d'artillerie, le nombre d'hommes les servant ainsi que l'unité auxquels ils appartenaient. Ce qui rendait les Anglais sceptiques c'est que beaucoup des informations portées sur cette carte n'existaient pas encore et devaient éventuellement être construites. Eventuellement car, selon toute vraisemblance, si le document était réel, les Allemands s'étant rendus compte de sa disparition, ils procéderaient à des modifications. Or, il n'en fût rien: les reconnaissances aériennes effectuées ultérieurement par les avions de la R.A.F rapportèrent des photos authentifiant le document et renforçant la véracité des indications portées dessus. 

 

René Duchez en 1945. (Col.privée Duchez)

René Duchez en 1945. (Col.privée Duchez)

Le général Koenig décore René Duchez. (Col.privée Duchez)

Le général Koenig décore René Duchez. (Col.privée Duchez)

Reproduction du secteur de Sword Beach, tirée à partir de la carte volée par René Duchez, traduite et annotée par les services secrets anglais. (IWM)

Reproduction du secteur de Sword Beach, tirée à partir de la carte volée par René Duchez, traduite et annotée par les services secrets anglais. (IWM)

On est aussi en droit de se demander pourquoi les Allemands, qui étaient sur place depuis quatre ans et qui eurent l'occasion de fortifier les lieux à loisir, parurent agir sous l'effet de la surprise lorsque vint le débarquement alors que les Alliés s'y battirent comme s'ils avaient été chez eux.

En effet, les Alliés différenciaient, par exemple, les vrais champs de mines des faux et tracèrent leurs chemins jusqu'aux routes libres pratiquement sans encombre alors que des Allemands sautèrent sur leurs propres mines qu'ils avaient eux-mêmes posées. La raison est simple: Les Alliés avaient une connaissance parfaite du terrain, ceci grâce aux actions de nombreux résistants qui, chacun de leur côté, ont apportés une pierre à l'édifice. Une autre des raisons est que les Allemands commirent des bourdes aussi grosses qu'une montagne. Ils posèrent, par exemple, une multitude de panneaux portant la mention "Achtung Minen. Vorsicht Lebensgefahr "(Attention aux mines, Danger de mort) dans des champs, faisant croire ainsi que les terrains étaient minés mais laissèrent paître des vaches dans ces mêmes champs. Dans d'autres endroits, ils mirent des vaches en carton-pâte dans des champs réellement minés mais omirent de déplacer de temps en temps ces artifices, de sorte que les observateurs Alliés n'eurent aucunes peines à localiser les champs de mines. Le pire eut lieu à Cherbourg, près de la batterie "Ostbeck": Le 26 juin 1944, étant attaqué par des chars américains, le Major Friedrich Wilhelm Küppers surveillait l'approche de ceux-ci au moyen du périscope de la batterie quand il s'exclama: "Les Américains doivent posséder un moyen de détection car ils s'avancent dans notre champ de mines sans dégâts". Le Lieutnant Zerban lui répondit alors :" Non Herr Major, elles sont inoffensives, nous n'avons jamais reçu d'Allemagne les détonateurs pour équiper ces mines!"

Exemples de panneaux utilisés par les Allemands pour baliser les champs de mines. (Exposés au musée de Vierville-sur-mer)
Exemples de panneaux utilisés par les Allemands pour baliser les champs de mines. (Exposés au musée de Vierville-sur-mer)

Exemples de panneaux utilisés par les Allemands pour baliser les champs de mines. (Exposés au musée de Vierville-sur-mer)

Ce ne furent pas les seules erreurs commises par les Allemands:

- Le gouvernement de Vichy instaura une mesure d'exonération d'impôts fonciers pour les agriculteurs dont les prés étaient minés par les Allemands si bien que la résistance n'avait plus qu'à aller consulter le cadastre pour connaitre l'emplacement de ces prés et savoir ceux qui étaient frappé d'exonération, donc piégés, sans pour cela prendre le risque d'aller espionner sur le terrain

-Lorsque les batteries côtières situées sur la Manche procédaient à des exercices de réglage de tir, la Kommandantur locale placardait des affiches indiquant précisément quelles étaient les zones interdites à la navigation pour les bateaux de pêche civils durant ces essais. La résistance locale décollait ses affiches et les expédiait à Londres qui connaissait ainsi, l'angle et la portée de tir de chaque batterie.

Carte américaine, indiquant l'angle de tir et la portée des batteries allemandes en Normandie, établie à partir des données envoyées par la résistance. (Public Record Office Publishing Ltd, réf. MPI450)

Carte américaine, indiquant l'angle de tir et la portée des batteries allemandes en Normandie, établie à partir des données envoyées par la résistance. (Public Record Office Publishing Ltd, réf. MPI450)

- Bien que depuis fin 1943, les Allemands ont avertis leurs hommes du danger de l'espionnage par la Résistance, ils ne portent plus le numéro de leur unité sur leurs pattes d'épaules et tout indice d'identification du matériel et des véhicules à disparu, on continue à permettre aux hommes de faire blanchir leur linge sale par des blanchisseries ou des lavandières civiles. Si les vareuses ne révèlent plus rien, les sous-vêtements restent toujours porteurs du nom et du régiment de leur propriétaire. Les hommes reçoivent aussi du courrier et leur unité figure sur l'enveloppe qui est lue par les facteurs ou les services de la poste.

- Une autre des erreurs des Allemands fut de respecter le repos dominical pour certains de leurs hommes en poste sur les plages tant et si bien que la plupart des sites du littoral qui étaient surprotégés par une vigilance accrue pendant la semaine étaient pratiquement libres d'accès le dimanche parce que laissés sans surveillance.

- Des batteries ont été camouflées  avec des filets blancs et noirs alors qu'elles sont situées en pleines prairies qui, elles, sont du vert le plus tendre. Ce fut le cas des batteries de Longues sur mer.

 Après la guerre, un membre du réseau Eleuthère, de son vrai nom Alexandre Segrétain (nom de code Adémaï, indicatif R.A.E 193), racontait comment il  avait trouvé bon nombres d'emplacements de bunkers dans la région de Deauville et on lui demandait comment il opérait. Il répondit qu'il parcourait les chemins bordant le littoral et s'il y trouvait des panneaux marqués "Streng Verboten" (Passage Interdit) c'était pour lui un moyen infaillible qu'avaient trouvé les Allemands pour lui indiquer qu'il y avait intérêt à passer outre l'indication du panneau et à y voir de plus près ce qui s'y tramait. Il circulait toujours à bicyclette, était coiffé d'un béret enfoncé jusqu'aux oreilles, portait de fausses lunettes à verres épais qui lui donnaient l'air du parfait idiot de village. Il était vêtu d'un vieux bleu de travail sale et rapiécé et portait une musette d'où ressortait le goulot d'un litre de vin. Il s'engageait alors sur le chemin et commençait nonchalamment ses investigations. Parfois, une sentinelle allemande l'interpellait et alors il simulait le pauvre type un peu "pompette"qui s'était plus ou moins égaré. La sentinelle riait, il sortait alors son litre de vin de sa musette et invitait le soldat à boire un coup, lequel refusait et le chassait avec un mépris amusé. Il débouchait alors sa bouteille, buvait une gorgée et repartait en saluant le soldat à grands renforts de gestes du bras, mais sans pour autant quitter le chemin. Alors Adémaï notait  tranquillement les cotes, relevait les plans des fortifications.

En mai 1944, Adémaï obtient d'un entrepreneur en maçonnerie, réquisitionné par les Allemands  pour confectionner des poteaux en ciment destinés à indiquer les cheminements libres à travers les champs de mines, la liste des signes conventionnels que les Allemands inscrivaient dessus ces poteaux et leurs significations. Ces signes étaient composés de lettres de l'alphabet, des chiffres arabes et romains dont le groupement indiquait à ceux qui en possédaient le code, quelle était la voie à suivre sans danger. Le problème était que ces poteaux étaient de petite taille et ils ne dépassaient du sol que de vingt centimètres seulement et il était à craindre que les Alliés ne les voient pas.

Extrait de la liste nominative des agents du réseau Eleuthère sur laquelle figure Adémaï (Col.privée)

Extrait de la liste nominative des agents du réseau Eleuthère sur laquelle figure Adémaï (Col.privée)

Dans certains endroits, comme sous le WN 62, les Américains avaient une connaissance parfaite des codes des passages libres dans les champs de mines alors qu'ils étaient parfaitement inconnus par les hommes de la 352e Artillerie Divizion allemande qui n'étaient que depuis peu de temps dans le secteur et dont certains hommes ont été victimes de cette ignorance. Tout cela grâce au courage de certains hommes:

Dans son livre "Les secrets du Jour J", l'auteur Gilles Perrault, relate (page22) une des opérations menée à bien par deux commandos, le commandant Logan Scott Bowden et le sergent Bruce Ogden Smith qui venaient d'être débarqués d'un sous-marin de poche anglais au large de Vierville-sur-mer. Les deux hommes rampent sur la plage, l'un s'assure avec sa baïonnette qu'il n'y a pas de mines, l'autre déroule un fil de pêche sur lequel une perle de verre est enfilée tous les 5 yards (environ 450m). A chaque perle, il fixe la ligne au sol au moyen d'une tige de fer recourbée.  Cette ligne a un triple but:

- Elle leur indique le plus court chemin pour retourner à la mer

- Elle leur permet de constater l'absence de mines.

- Elle leur donne précisément la distance où ils doivent prélever des échantillons de sable qu'ils mettent dans des étuis de verre pour les ramener en Angleterre.

Le but de ces prélèvements est de s'assurer que le sol de la plage sera suffisamment résistant aux passages des chars qui devront débarquer ultérieurement sur cette portion de plage qui deviendra Omaha Beach. Tout cela parce qu'un des officier d'Etat-major de Montgomery s'est souvenu que, lorsqu'il passait ses vacances en Normandie, avant la guerre, il avait remarqué que d'importantes plaques d'argile existaient à différents endroits. Cela pose problème car on veut absolument éviter un autre Dieppe. Comment s'assurer  de la consistance exacte de ces plaques? Un employé du British Muséum dénicha un livre intitulé "Bulletin de la Société préhistorique française"(volume XXXV, de 1938) dans lequel se trouve une description extrêmement détaillée d'une plaque argileuse située sur la plage de Luc-sur-mer, exactement où il était prévu que les chars britanniques débarquent. Des géologues britanniques précisent qu'il existe une région dans le Norfolk, à Brancaster, qui a les mêmes particularités que celles des plages normandes. On y fait venir des chars pour tester le sol: C'est un désastre car tous s'enlisent au-dessus des chenilles, restent bloqués et il faudra recourir à d'énormes moyens pour les sortir de ce bourbier.

Alors il a été décidé d'envoyer des hommes pour prélever des échantillons du sol. Lorsqu'ils accostèrent sur la plage de Vierville, les deux commandos en étaient à leur 28e expédition sur le sol français, et ce, au nez et à la barbe des sentinelles allemandes.

Logan Scott Bowden en 1945 (IWM). Logan Scott Bowden est décédé le 09 février 2014 à l'âge de 94 ans.

Logan Scott Bowden en 1945 (IWM). Logan Scott Bowden est décédé le 09 février 2014 à l'âge de 94 ans.

Bruce Ogden Smith en 1945 (Lord Ashcroft Collection)

Bruce Ogden Smith en 1945 (Lord Ashcroft Collection)

Pages 52/53 d'un carnet classé BIGOT (TOP SECRET), daté du 21 avril 44, détaillant les caractéristiques des emplacements des batteries n° 586938 de la Pointe du Hoc que les Alliés nomment "Pointe du HOE". On remarque aussi qu'elles ont trait au débarquement car elles sont toutes notées "Neptune monograph". Neptune était le nom de code général du débarquement (IWM)

Pages 52/53 d'un carnet classé BIGOT (TOP SECRET), daté du 21 avril 44, détaillant les caractéristiques des emplacements des batteries n° 586938 de la Pointe du Hoc que les Alliés nomment "Pointe du HOE". On remarque aussi qu'elles ont trait au débarquement car elles sont toutes notées "Neptune monograph". Neptune était le nom de code général du débarquement (IWM)

Pages 54/55 du même carnet classé BIGOT détaillant les caractéristiques des batteries 586938 de la Pointe du Hoc prouvant que les Alliés avaient une longueur d'avance sur les Allemands car ceux-ci n'ont jamais eu le temps d'installer ces batteries pour le 6 juin 1944. L'annotation, en bas de page précise que:"Toutes les positions décrites ci-dessus ont un abri attenant et sont protégés vers la mer par des défenses latérales en réseaux de barbelés et ont un agencement typique au site "pointe du Hoe" (IWM)

Pages 54/55 du même carnet classé BIGOT détaillant les caractéristiques des batteries 586938 de la Pointe du Hoc prouvant que les Alliés avaient une longueur d'avance sur les Allemands car ceux-ci n'ont jamais eu le temps d'installer ces batteries pour le 6 juin 1944. L'annotation, en bas de page précise que:"Toutes les positions décrites ci-dessus ont un abri attenant et sont protégés vers la mer par des défenses latérales en réseaux de barbelés et ont un agencement typique au site "pointe du Hoe" (IWM)

Pages 56/57 d'un carnet classé BIGOT détaillant les caractéristiques des obstacles des plages du secteur n° 668903 du lieu-dit"les Moulins"de St Laurent-sur-mer à Omaha Beach. Même les dimensions des tétraèdres et des hérissons tchèques ( Hedgehog en anglais) y figurent ainsi que leur mode de fixation (Rivets, soudures etc.) et les matériaux employés. (IWM)

Pages 56/57 d'un carnet classé BIGOT détaillant les caractéristiques des obstacles des plages du secteur n° 668903 du lieu-dit"les Moulins"de St Laurent-sur-mer à Omaha Beach. Même les dimensions des tétraèdres et des hérissons tchèques ( Hedgehog en anglais) y figurent ainsi que leur mode de fixation (Rivets, soudures etc.) et les matériaux employés. (IWM)

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