10- La bête d'Omaha: Heinrich Severloh

Publié le par Hubert DENYS

10- La bête d'Omaha: Heinrich Severloh
Maison natale d'Heinrich Severloh à Metzingen. (Col. Gockel)

Maison natale d'Heinrich Severloh à Metzingen. (Col. Gockel)

L’HISTOIRE D'HEINRICH SEVERLOH 

Heinrich Severloh, fils d’un agriculteur qui était le maire du village mais aussi Ortsbauernführer (Chef du comité des agriculteurs). Il est né le 23 juin 1923 à Metzingen, près de Celles. Il était le cadet d'une famille de 3 enfants. Malgré qu'il ait toujours nié les faits, il a été enrôlé dans les "HitlerJugend" lorsqu'il avait 12/13 ans, ainsi que le prouve la photo ci-après, et, s'il n'est pas un nazi convaincu, il en cautionnera toujours l'idéologie. Ce n'est que vers la fin de sa vie qu'il modérera ses vues.

 

Heinrich Severloh avec sa sœur et son frère, en 1936, en tenue des "HitlerJugend" (Col. Gockel)

Heinrich Severloh avec sa sœur et son frère, en 1936, en tenue des "HitlerJugend" (Col. Gockel)

Il est enrôlé le 23 juillet 1943, il a alors 20 ans. Le 9 août 1943, il est affecté à la 3e batterie de l’AR321, le régiment d’artillerie de la 321e Infanterie  Division, près de Calais, dans le nord de la France.

Le 2 décembre de la même année, son unité part pour la Russie. Il est affecté à Mamonovo dans le secteur de Bevlitsa. Bien qu’il soit tireur d’élite (il a déclaré atteindre sa cible 47 fois sur 50 à 200m de distance, sans lunette de visée), sa connaissance des chevaux lui est profitable. Il est le cocher d’un véhicule hippomobile chargé d’acheminer le ravitaillement

dans les plaines russes enneigées où il doit parcourir 80 km par jour par un froid de moins 58°. Ses pieds gèlent et le médecin qui le soigne lui déconseille de demander à être hospitalisé car l’état-major soupçonne des soldats de vouloir échapper à l’horreur du front en pratiquant des mutilations volontaires. Les pieds gelés sont sur la liste de ces mutilations et la sanction est le peloton d’exécution. Avec l’aide du médecin de la compagnie, il soigne ses pieds, mais il est ensuite victime d’une grave pneumonie qui le conduit à l’hôpital du front qui est un véritable mouroir. De plus, cet hôpital est constamment la cible des chasseurs-bombardiers soviétiques et il lui faut alors se réfugier dans les tranchées gelées. Dans ces conditions, sa pneumonie empire, il sombre dans un coma profond et échappe de peu à la mort grâce à l’intervention d’un médecin qui le fait rapatrier en Allemagne. Il est bien soigné, le médecin le juge inapte au service actif et veux le réformer. Mais en cette période critique, le Reich ne peut se passer du moindre de ses hommes aussi sera-t-il affecté dans un secteur au climat moins rude. Il rejoindra la 352e Infanterie Division qui a été récemment crée en Normandie, pour défendre le mur de l’Atlantique.

Dans cette unité, il sera la bête noire d’un Oberfeldwebel borné, August Wassermeyer qui fait appliquer la pire des disciplines prussiennes préconisant la Kadaver-Gehorsam (L’obéissance du cadavre). Severloh se réfugie alors dans un mutisme contestataire et passe pour une forte tête. Heureusement, un autre Oberfeldwebel, qui est au courant de ce que Severloh subit, le fait nommer Gefreiter (Caporal) et l’affecte au service de l'OberstLeutnant Frerking avec qui il formera une équipe soudée.

Le 4 janvier 1944, sa batterie est affectée de Saint-Martin-de-Bonfossé à Moyon, au sud de Saint-Lô et le 14 février elle est en position à Houtteville, à 8 km de Bayeux, donc à proximité des plages. Cette batterie étant itinérante, les Alliés n’auront jamais connaissance de sa présence dans le secteur prévu pour le débarquement. L'OberstLeutnant Frerking et son ordonnance Severloh s’installent au château de l’Epinette qui est un gros manoir, propriété réquisitionnée à la famille Legrand, avec l’état-major de la batterie. Ils sont sous le commandement direct du Major Werner Pluskat, celui que le film "Le jour le plus long" dira qu'il est le 1er à voir la flotte Alliée et à donner l’alarme. En réalité, quand le débarquement commence, il est à Bayeux dans une maison close et aura toutes les difficultés à rejoindre son poste à temps au WN59.

 

Major Werner Pluskat (Bundesarchives)

Major Werner Pluskat (Bundesarchives)

Ce Major conseillera à ses hommes de décrocher au plus vite en cas de débarquement car il pressent que les Américains ne lésineront pas sur les moyens. Devant l’étonnement des soldats, peu habitués à ce genre de directive, il leur répondra: "Un cadavre allemand puant n’est plus en mesure de défendre quoi que se soit et ne sauve plus sa patrie".

La vie de Severloh est alors plus calme et il passe ses soirées dans sa petite chambre, située tout en haut du château, à lire et à écouter sur un vieux gramophone nasillard, des disques qui seront passés et repassés des centaines de fois. Il se souvient encore de l’une des chansons  qui disait : "Wenn der weiße Flieder wieder blüht." (Quand refleuriront les lilas blancs)

 

 

 

Vidéo du disque d'époque

La propriété de la famille Legrand où logeait Heinrich Severloh. L'OberstLeutnant Frerking logeait à l'étage (fenêtre centrale) et Heinrich occupait une chambre dans les combles (Col. Gockel)

La propriété de la famille Legrand où logeait Heinrich Severloh. L'OberstLeutnant Frerking logeait à l'étage (fenêtre centrale) et Heinrich occupait une chambre dans les combles (Col. Gockel)

L’HISTOIRE DE "SON DEBARQUEMENT "

 

Il est minuit, ce 5 juin 1944, lorsque le OberstLeutnant Frerking pénètre dans la chambre et réveille Severloh en lui disant:" Schnell! Heinrich, es geth los ! Sie kommen !"(Vite, Heinrich, c’est parti, ils arrivent).Severloh bondit hors de son lit, s’habille en vitesse et fait préparer la carriole (N’oublions pas que la batterie est hippomobile) qui doit les emmener jusqu’au poste d’observation du WN 62 où le OberstLeutnant Frerking est directeur de tir pour les batteries situées à la Pointe de la Percée, lesquelles prennent toute la plage d’Omaha en enfilade et ont une portée de 20 km.

Ils arrivent au WN62 à 0h55 (heure allemande soit 1 h55 heure américaine). Ils sont attendus par l’Unteroffizier Geermann qui est chargé de ramener l’attelage à Colleville-sur-mer. Dès leur entrée au point WN 62, un soldat referme l’entrée avec des chevaux de frise et arme les dernières mines entourant la position.

L'OberstLeutnant Frerking rejoint aussitôt son poste d’observation tandis que Severloh s’installe dans sa position individuelle où est déjà installée son arme favorite, la terrible MG42 avec un approvisionnement en munitions. Severloh, qui domine toute la position aperçoit les autres défenseurs qui rejoignent eux aussi leur poste. Il ne les connaît presque pas car ils dépendent de la Wehrmacht et lui de l’artillerie. Il vérifie son arme et, en attendant l’aube, il rejoint son chef  dans le poste d’observation pour scruter la mer.

Ils aperçoivent les navires qui s’approchent du rivage et, Frerking a un doute concernant leur nationalité que son collègue, le Leutnant Grass, a identifié comme appartenant à la Kriegsmarine. Il fait tirer par ses artilleurs deux fusées éclairantes vertes et deux rouges, signal de reconnaissance allemand, mais aucune réponse ne lui parvient. Il veut essayer de correspondre avec les bateaux au moyen du signal optique mais le brouillard s’est levé et les navires ont disparus de sa vue. Il ne peut évidemment pas savoir que les Américains utilisent le brouillard artificiel, que les Allemands appellent Nebelwerfer (Lanceur de brouillard), pour échapper à la vue des positions côtières.

A 5 h du matin, il fait un jour grisâtre, un ciel de plomb et une faible lumière tamisée par les nuages. La mer est forte et Severloh entend nettement le ressac. Le brouillard se lève et lui aussi, voit l’immense armada. Il reste perplexe un instant devant ce spectacle et il réalise qu’il va devoir affronter cette flotte et tous ses canons. Il ne se trompe pas car quelques instants après, c’est un déluge de fer et de feu qui s’abat sur la position, qui ne cause en réalité que peu de dégâts, mais le fracas des explosions lui causera une surdité définitive. Il en ressentira les effets tout le restant de sa vie.

Profitant d’une accalmie, il veut aller aux nouvelles, abandonne sa MG 42 et se jette dans une tranchée au moment même où les bombardements reprennent, l’air a un goût amer de brûlé et l’odeur de poudre est dominante. En approchant du bunker d’observation, il tombe sur le Wachtmeïster Fak  qui a perdu son pistolet. Severloh le trouve au bord de la tranchée et le lui tend. A l’instant où il s’est levé pour donner ce pistolet, un coup frappe violemment son casque d’acier et quelque chose se glisse entre ses jambes. Il veut se saisir de l’objet mais celui-ci lui brûle les doigts et il le laisse tomber. Il s’agit d’un morceau de laiton conique dont il ignore la provenance. Il ramasse la pièce de métal encore chaude et la fait voir à son chef qui le regardait au même moment dans l’encadrement de l’entrée du bunker. Celui-ci lui demande si tout va bien. Severloh lui hurle qu’il vient de recevoir cet objet sur la tête et lui demande ce que c’est. L'OberstLeutnant Frerking lui explique qu’il s’agit d’un morceau de détonateur d’un obus. Il reproche à son ordonnance de ne pas s’être mis à couvert dans le bunker et d’être resté sous les bombes, dans la tranchée, malgré les consignes en vigueur. Severloh s’étonne de tant de sollicitude de la part de son chef mais aussi de le voir aussi calme dans une telle situation. Le bombardement s’étant calmé il rejoint sa MG42 dans sa position.

Le poste de tir d'Heinrich Severloh, en juin 2007,au WN62

Le poste de tir d'Heinrich Severloh, en juin 2007,au WN62

Vers 6 heures, il voit un grand navire, un LCI (Landing Craft Infantry, navire de débarquement d'infanterie) qui s’approche du WN62. Il est à 200 m de la plage, son étrave est encadrée par 2 escaliers permettant aux soldats de descendre directement sur la plage. La forme du casque indique à Severloh que ce ne sont pas des"Tommies "mais des soldats américains. Ceux-ci sautent maintenant dans l’eau qui leur arrive jusqu’aux épaules. Un silence lourd et pesant règne sur tout le secteur. Aucun coup de feu ne part du secteur allemand car le Feldmarchall Rommel, qui pratique encore la guerre "chevaleresque", a interdit de tirer sur tout ennemi qui débarque tant qu’il a de l’eau jusqu’à la taille. Pour l’instant cette consigne est respectée. Dès que les premiers Américains touchent le sable, il entend les 2 MG 42 de ses camarades qui se mettent à tirer frénétiquement, il enlève la sécurité de son arme et se met à tirer lui aussi. Il voit les impacts de ses balles sur le sable et dans l’eau. Les GI's se jettent à plat ventre, la plage est devenue un enfer. Il a l’impression d’être le seul à tirer tant le vacarme de son arme couvre les bruits environnants. Il tire encore et encore et tout à coup, le bateau décroche et s’en va au large et tout semble s’arrêter, plus rien ne bouge sur la plage. Soudain surgissent des petites péniches, elles se rapprochent de la plage. Severloh a l’impression qu’elles n’avancent pas. Il remarque alors qu’un drapeau rouge a été placé sur le sable, au bout d’un mince mât. Il est évident que c’est un repère pour les péniches car toutes convergent vers ce drapeau. Il se remet à tirer mais son canon fume: il doit le changer car le millier de coups qu’il vient de tirer  l’a rendu brûlant et il risque l’enrayement. Il se brûle les doigts lors de cette opération. Celle-ci terminée il se remet à tirer sans arrêts. Jusqu’à midi, il comptera 6 vagues d’assaut.

(Il est à noter qu’il n’y a pas eu de débarquement de LCI lors de la 1e vague d’assaut, mais il y en a eu lors des suivantes. Le témoignage de Severloh est précis mais comme les vagues se sont succédées avec un espace de 30mn entre elles, il doit confondre une vague avec une autre)

Le temps passe et la mer monte. Severloh voit les GI’s survivants s’abriter derrière les cadavres de leurs camarades, il n’aperçoit que leurs têtes casquées, il prend alors son fusil, plus précis que sa MG42 efficace seulement lors d’une attaque massive, et il termine le travail au coup par coup, sans répit. Vers midi, l’Oberfeldwebel Pieh arrive dans la position de Severloh. Il trouve  Severloh qui est en train d’essayer d’ouvrir la culasse de son fusil avec le talon de sa botte car il n’y arrive pas avec la main. En voyant la scène, Pieh lui dit: "Eh, Gamin, arrête, ton fusil est trop chaud ". Severloh sursaute et voit l’Oberfeldwebel pâle, du sang coule de son cou où il voit 2 trous. Une balle a traversé la partie gauche du cou et un éclat d’obus a fait une large coupure du côté droit. Pieh s’en va et Severloh se remet à tirer avec sa MG 42. Pieh revient vers Severloh et il lui donne 2 fusils. Severloh prend les armes et constate que l’Oberfeldwebel a le côté gauche de son uniforme ensanglanté et la tache s’élargit de plus en plus. Voyant que Severloh regarde cette tache, il lui dit: "Regarde, là, il y en a qui courent ". Severloh prend son fusil, fait feu sur les soldats et les abats. Il réalise tout à coup que sur la plage, sur une bande de 3 m de large baignée par la marée haute, le sable est rouge du sang imbibé des centaines de morts et de blessés. Il n’a presque plus de munitions et il a largement entamé sa dernière caisse. Il en fait part à Pieh qui part sans rien dire. L’Oberfeldwebel revient quelque temps après avec 3 caisses de munitions puis il disparaît. Il ne le reverra plus jamais.

 

Vidéo montrant la cadence de tir d'une MG42, l'arme de Severloh

Le poste de veille du Lt Frerking en juin 2007.

Le poste de veille du Lt Frerking en juin 2007.

Severloh reprend le tir avec son fusil quand, tout à coup, il perçoit un coup violent. Quelque chose a volé devant le canon  et le visage de Severloh a été cinglé comme par un coup de fouet, juste dans son œil droit. Il ressent une profonde douleur sur tout son visage et sa joue gonfle. Il y porte la main et lorsqu'il la retire, ses doigts sont en sang. Il remarque alors que le guidon de mire de son fusil a été arraché par une balle, arrivée très précisément, et que la petite pièce de métal a été projetée sur son visage. Severloh se met alors à hurler de douleur et de colère et se remet à tirer sur les GI’s avec sa MG 42 jusqu’à ce qu’il doive changer à nouveau de canon. Celui-ci est tellement chaud qu’il ne peut pas le tenir dans les mains et il le jette à terre. A peine le canon touche-t-il celle-ci que l’herbe prend feu mais la fumée qui l’empêche de voir ses objectifs l’empêche aussi d’être repéré. Il décide de faire une pause et, s’accroupissant, il fume une cigarette en essayant de soigner sa plaie avec son pansement individuel.

Vers 14heures, il aperçoit des chars américains sur sa gauche. Il entame une des 2 dernières caisses de munitions et il se rend compte que les bandes de cartouches restantes sont des cartouches pour le tir de nuit : une balle sur cinq est traçante. C’est un risque pour lui car maintenant  les Américains pourront repérer plus facilement sa position, mais il n’a pas le choix, il doit continuer à tirer. Pratiquement aussitôt qu'il rouvre le feu, un obus arrive près de lui et lui arrache l’arme des mains mais sans endommager celle-ci. En l’espace de 10 mn, cela lui arrive encore trois fois et il devient évident que ses balles traçantes l’ont fait repérer. Il laisse sa MG42 et utilise son fusil. Il réalise aussi qu’il ne voit plus ses camarades du 716e ID mais il continue à tirer

Un char "Sherman " comme ceux que Severloh a vu sur la plage. On comprend aisément que les soldats qui voyaient ce mastodonte de 30 tonnes, armé d'un canon de 76mm et d'une mitrailleuse de 12,7 mm venir vers eux, soient psychologiquement impressionnés

Un char "Sherman " comme ceux que Severloh a vu sur la plage. On comprend aisément que les soldats qui voyaient ce mastodonte de 30 tonnes, armé d'un canon de 76mm et d'une mitrailleuse de 12,7 mm venir vers eux, soient psychologiquement impressionnés

Vers 15 heures, il aperçoit des soldats américains sur sa gauche, en bas sur la plage. Il en voit un qui tente de s’abriter derrière un rocher, c’est un homme très grand. Severloh le voit qui s’appuie sur le rocher et qui le met en joue avec son arme. Severloh, est plus rapide et il tire le premier: l’homme bascule en avant, son casque roule à terre, son menton tombe sur sa poitrine et il s’effondre. Severloh a nettement vu l’impact de sa balle sur le visage du GI’s et tout à coup, il comprend  et réalise ce qu’il a fait depuis le matin : Il a tué des hommes. L’image de ce soldat, avec le visage ensanglanté, qui s’écroule, hantera Severloh toute sa vie et perturbera beaucoup de ses nuits

Vue du rocher, derrière lequel s’abritait le GI’s que Severloh a abattu, ( juin 2007)

Vue du rocher, derrière lequel s’abritait le GI’s que Severloh a abattu, ( juin 2007)

Maintenant, le terrain est constamment labouré par les obus, la position est intenable et il décide de partir. Dans la tranchée d’évacuation, il rencontre les Leutnant Frerking et Grass. Grass, blessé, est soutenu par Frerking qui dit à Severloh:"On abandonne la position et on dégage ".Sont présents dans la tranchée : Warnecke, Schulz, Beermann, Frerking, Grass et Severloh

L'OberstLeutnant Frerking se tourne vers Severloh et lui dit de bondir hors de la tranchée et de décrocher vers l’arrière. Il tend alors la main à Severloh qui la serre. Sans un mot. C’est la dernière fois qu’il voit son chef

Severloh regarde sa montre, il est exactement 15h 30 (heure allemande soit16h30 heure américaine) et sort là où les Américains ne l’attendent pas. De trou d’obus en trou d’obus il atteint la route menant à St-Laurent. A l’abri d’un de ces trous, il reprend son souffle et son camarade Warnecke saute dans le trou, hors d’haleine. Il explique à Severloh que tous les autres sont morts et que le Leutnant Frerking a reçu une balle en pleine tête. Severloh est bouleversé.

 

L'OberstLeutnant Bernhardt Frerking en Normandie, en 1944, peu de temps avant sa mort (Col Gockel)

L'OberstLeutnant Bernhardt Frerking en Normandie, en 1944, peu de temps avant sa mort (Col Gockel)

La tombe de l'OberstLeutnant Frerking au cimetière de La Cambe

La tombe de l'OberstLeutnant Frerking au cimetière de La Cambe

Avec son camarade, ils continuent vers l’est et reçoivent des tirs venant de leur droite et ils sont touchés. Warnecke mourra quelques instants plus tard et Severloh a été atteint à la hanche droite. Malgré ses blessures, il se remettra en route et rencontrera 10 soldats du GR916, dont un infirmier qui lui administrera les premiers soins. Ils ne sont qu’à 100m du WN63. Là, il trouve le Major (commandant) Lohmann qui a installé le P.C de son régiment. Il confirme à Severloh qu’il n’y a plus de survivants au WN62 et ce faisant, reconnaît en lui l’ordonnance du Leutnant Frerking aussi donne-t-il l’ordre qu’on installe Severloh sur la visière devant l’abri du bunker après qu’un infirmier lui ai fait une piqûre. Et on lui donne deux prisonniers américains à garder.

Il est maintenant 18h30 et Severloh attend toujours là, devant la porte et on lui amène un 3e prisonnier, puis un 4e. La nuit arrive et le Major Lohmann annonce qu’ils doivent décrocher  Ils erreront toute la nuit avec les prisonniers et des blessés dans une charrette dans les prés au sud de St Laurent sur mer avant d’être complètement encerclés et de se rendre aux quatre prisonniers américains. Il est 4 h du matin. Quelques temps après, Severloh échappe à la surveillance des Américains et s’évade mais est repris à l’aube par un élément du 16th RCT, l’unité qu’il a sévèrement touchée avec sa MG42 aussi passera-t-il sous silence le fait qu’il défendait cette position

Plus tard, il sera envoyé aux U.S.A où il passera sa captivité. Il sera libéré fin 1946.

Heinrich Severloh (flèche) prisonnier de guerre aux Etats-Unis (NA/USA)

Heinrich Severloh (flèche) prisonnier de guerre aux Etats-Unis (NA/USA)

Depuis la fin de la guerre, les historiens se sont tous accordés pour déclarer que le Gefreiter Severloh a été le soldat allemand qui a tué ou mis hors de combat, le plus de soldats américains de toutes les guerres, fait qu’il corrobore lui-même par ses propos devant la presse, en particulier au magazine" Historia ". Ils estiment que Severloh a tiré, à lui seul, à peu près 12 500 cartouches avec sa MG42 et 400 avec son fusil Kar 98K.

Les Américains qui ont investis le WN 62 à la fin des combats, ont notés que, dans la position de Severloh, la hauteur des douilles vides leur arrivait au-dessus des chevilles! Il sera surnommé "La bête d'Omaha" par les Américains.

Severloh ne leur ai jamais déclaré la position qu’il occupait lors du débarquement car il était à peu près sûr, à tort car il ne faisait que défendre sa position, qu’il serait conduit devant un tribunal militaire.

Si Franz GOCKEL est resté en vie, c’est qu’il a été évacué avant que les Américains prennent possession des positions.

-Il a combattu toute la matinée sans se rendre

-Il n’a pas été repéré rapidement parce qu’il occupait une position d’observation et non un poste de tir fortifié, donc plus difficilement repérable, et qu’enfin, la fumée environnante a camouflé la fumée des coups de départs de son arme. Il n’a été mis en péril que très tard, suite à l’utilisation de balles traçantes. Il est à noter aussi que tous ses camarades, tireurs de mitrailleuses occupant des positions fortifiées, donc facilement repérables, ont été très vite neutralisés par les Américains et Severloh a été le dernier mitrailleur à quitter son poste du secteur d’Omaha aux alentours de 16h30, heure américaine.

 

Il venait aussi, quoique moins régulièrement que Franz Gockel, se recueillir sur la tombe de ses camarades au cimetière de La Cambe. J’ai eu le privilège de parler avec lui de cet épisode de sa vie qu’a été le débarquement. Il a été très marqué par certains faits comme celui du soldat américain qu’il a tué mais il ne regrettait aucun de ses actes. Il estimait qu’on l’avait mis là dans un but précis et en bon soldat allemand, il s’est acquitté de son devoir sans chercher à voir plus loin. Il a essayé, sur le tard, de retrouver des soldats américains qui avaient fait le débarquement et a réussi à en rencontrer un : David Silva, qui s’avérait être prêtre catholique depuis la fin de la guerre. Les deux hommes se sont rencontrés et ont fraternisés sur les lieux même où ils s’étaient combattus. David Silva, qui avait 19 ans à l’époque, a été blessé par 3 balles de mitrailleuses dès qu’il a posé les pieds dans l’eau. Il s’avérera par la suite que c’est Severloh qui a blessé David Silva alors que celui-ci, qui appartenait à la 29th D.I, n’a pas tué un seul homme de toute la guerre. Après la guerre, Da Silva deviendra pasteur.

En 1994, Heinrich Severloh avait fait une demande pour assister aux célébrations du 50e anniversaire du débarquement en tant que vétéran. Cette demande lui a été refusée.

Heinrich Severloh est décédé, à son domicile, des suites de maladie, le 14 janvier 2006, dans sa 83e année.

Coupure de presse montrant Heinrich Severloh sur l'emplacement de sa position au WN62 le 6 juin 1989

Coupure de presse montrant Heinrich Severloh sur l'emplacement de sa position au WN62 le 6 juin 1989

Heinrich Severloh et Franz Göckel, au cimetière de La Cambe en 1994. (Col Gockel)

Heinrich Severloh et Franz Göckel, au cimetière de La Cambe en 1994. (Col Gockel)

Retrouvailles d'Heinrich Severloh et de Davis Silva, en 2004, sur les lieux mêmes où les deux hommes ont combattus. (Col Gockel)

Retrouvailles d'Heinrich Severloh et de Davis Silva, en 2004, sur les lieux mêmes où les deux hommes ont combattus. (Col Gockel)

Le Sergeant/Chief Da Silva en 1946 (NA/USA)

Le Sergeant/Chief Da Silva en 1946 (NA/USA)

Coupure de presse  montrant l'emplacement de Severloh. (NA/USA)

Coupure de presse montrant l'emplacement de Severloh. (NA/USA)

Photo américaine prise depuis un navire montrant les lueurs de départ bien visibles des MG42 au WN62. La flèche bleue indique l'arme de Kwiatkowski et la rouge, celle de Severloh. Cette photo a été prise avant 12h 13mn car on sait que c'est l'heure où Kwiatkowski a été tué. (NA/USA)

Photo américaine prise depuis un navire montrant les lueurs de départ bien visibles des MG42 au WN62. La flèche bleue indique l'arme de Kwiatkowski et la rouge, celle de Severloh. Cette photo a été prise avant 12h 13mn car on sait que c'est l'heure où Kwiatkowski a été tué. (NA/USA)

Photo de l'US Air Force prise à 12h30 (heure américaine) au-dessus du WN62. Les traits rouges désignent les secteurs de tir théoriques affectés à Heinrich Severloh et les bleus ceux de Kwiatkowski. On voit nettement le fossé antichar qui va jusqu'au WN61 (NA/USA)

Photo de l'US Air Force prise à 12h30 (heure américaine) au-dessus du WN62. Les traits rouges désignent les secteurs de tir théoriques affectés à Heinrich Severloh et les bleus ceux de Kwiatkowski. On voit nettement le fossé antichar qui va jusqu'au WN61 (NA/USA)

Heinrich Severloh, chez lui, en 2004 (Col. Gockel)

Heinrich Severloh, chez lui, en 2004 (Col. Gockel)

Tombe d'Heinrich Severloh (Col. Privée)

Tombe d'Heinrich Severloh (Col. Privée)

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